prélude printanier en fleurs majeures

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Discrètement, le printemps commence à tenir ses promesses au ras du sol. Des petites taches de couleurs se hissent lentement pour attirer notre regard, un peu las de l’herbe terne et tuméfiée par les gifles hivernales. A première vue, ces petites fleurs communes ne payent pas de mine.

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Elles nous font signe en avant-premières pour nous donner des nouvelles du futur, celui de la belle saison des fleurs et des insectes. Elles se contentent de peu, d’un bout de talus le long de nos trajets, d’un pied d’arbre dans un parc, d’un espace ridicule au bord d’un muret, d’un sombre tapis forestier.

R00A61703 Elles ont le privilège de pousser avant le passage des tondeuses et des faucheuses. Sans faire de bruit, elles mènent une vie courte et tranquille, sans beaucoup d’égard, et le plus souvent à l’ombre. Parfois, elles sont confondues, assimilées à des mauvaises herbes, tant elles ont tendance à se naturaliser avec abondance, à tapisser le sol qui se trouve à leur portée.

R00A73423 Ce manque de révérence est fort regrettable, pour elles et pour nous. D’abord parce qu’elles sont belles ! Et parce qu’elles secrètent, le plupart du temps, des vertus médicinales, qui furent très recherchées par nos aïeux, puis négligées lorsque la chimie les a prises de haut, et finalement redécouvertes à l’heure de mener une vie plus naturelle…

R00A78563 Mystique, musicienne, peintre, écrivain, Hildegard von Bingen (1098-1179) était aussi jardinière. Elle cultivait les simples dans son abbaye à Eibingen, près du Rhin, et aimait les fleurs. Grâce à ses écrits visionnaires, elle nous invite sans cesse à regarder la vie autour de nous dans toutes ses dimensions, matérielles et spirituelles, à aimer et respecter toutes les créatures de la terre, à apprendre à utiliser pour notre bien-être les vertus des plantes.

R00A02033 Sa finesse d’esprit et son bon sens ont traversé les siècles pour nous arriver avec une fraîcheur décuplée au moment où il serait vraiment temps de s’occuper des dégâts que nous avons faits, ce, pour éviter le pire avenir à notre planète et à ses vivants.

R00A80713 Ses remèdes de femme bonne ne font plus sourire aujourd’hui, ils sont recherchés et prescrits. Hildegard von Bingen – qui devait avoir un tempérament de feu ! – consacra toute son énergie et son savoir à lutter contre la mélancolie, sous toutes ses formes. Le mot viridité (qui vient de vert, vigoureux) résume et contient, à lui seul, cette œuvre lumineuse, multiple et féconde.

R00A93473 Les petites fleurs sauvages sont, elles aussi, dotées de viridité ! Quand on pense que leurs graines, souvent trimballées à dos de fourmis, ont bravé le froid, le gel, les bourrasques, toutes les morsures, pour lever et s’éclore comme si de rien n’était dès premières lueurs printanières.

R00A70173 Certaines sont vivaces, s’éteignent après floraison et couvent sous terre leur prolifération pour mieux rejaillir tel le phénix après les cendres d’un hiver sans pitié. D’autres arrivent, grâce aux volutes mystérieuses du vent, pile là où la terre est bonne pour les accueillir.

R00A02133 Grâce à leur nectar primeur, elles sont les premières hôtesses des butineuses et de certains papillons hivernants (citrons, paons d’un jour) qui profitent des éclaircies pour dégourdir leurs ailes et se poser sur une nappe de pétales où les attend un repas safrané ! Elles régalent aussi, à leurs dépens, limaces et escargots de passage dans le coin.

R00A05223 Pendant leur floraison éphémère, elles font le gros dos dès qu’un orage de grêle leur tombe sur la corolle. Une attaque du gel plus ou moins sévère ralentit au pire le moment de l’éclosion. Certaines ferment leurs volets pour passer la nuit et les ouvrent aux heures douces pour nous offrir un bouquet d’étamines.

R00A37494 Robustes et rebelles, indifférentes aux calibres horticoles, elles peuvent toutefois apprivoiser votre jardin. A condition de leur offrir le gîte et le couvert adéquats, calcaire ou argileux, ombragé ou ensoleillé, c’est selon. De toute façon, ce seront elles qui décideront de rester sur place ou pas!

R00A92333 Leur nom vernaculaire nous indique leurs vertus, comme la pulmonaire, l’anémone hépatique, la tussilage, leur habitat, ainsi l’anémone des bois (ou anémone sylvie), le temps de leur floraison (pâquerette, perce-neige, primevère), leur couleur (violette, violette blanche). De plus, elles ont inspiré quelques prénoms féminins (Véronique, Violette et… Sylvie !).

R00A03873En attente de renouveau, nos yeux s’émerveillent et s’émeuvent de tant de finesse au ras du sol. Leurs couleurs, souvent pastel, adoucissent nos pensées encore engourdies d’une longue saison intérieure. Les petites fleurs sauvages posent délicatement leurs notes basses sur un printemps désormais à notre portée.

© sylvie blanc – l’envol des jours 2013

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et pour continuer :

je vous invite à visiter la galerie petites fleurs

 

* livre de chevet :

Régine Pernoud – Hildegarde de Bingen

Editions Livre de Poche

* musique à écouter :

pour découvrir l’univers musical de Hildegarde von Bingen : ici

 


Commentaire

prélude printanier en fleurs majeures — 8 commentaires

  1. Elles sont magnifiques et quelle belle histoire pleine de fraicheur… Une renaissance, un nouveau cycle, une nouvelle vie pour ces petites fleurs qui s’accrochent pour passer l’hiver… Et s’épanouir aux premiers soleils…

    • merci Christine pour ta présence, ça me touche ce que tu dis là : c’est exactement ça, une leçon de vie à observer dans la nature…

  2. Elles sont si petites, si discrètes et pourtant si belles, ces fleurs. Merci au photographe d’avoir porté sur elles ce regard attentif d’amour, qui me fait les découvrir, avec saveur et bonheur.

    • cette année, il n’y a bien qu’elles qui nous font croire au printemps! merci Gigi pour ta visite, en te souhaitant de belles balades photographiques…

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