phare hermine

hermine 1 Le mois de Mars se distingue des autres mois en portant sur ses épaules la plus grande attente de l’année : l’arrivée du printemps. Il est ainsi le mois de l’impatience, des promesses et des leurres. C’est un mois de passage d’une saison à l’autre.

hermine 2 Et plus exactement un mois de passoire tant il égoutte l’hiver avec une lenteur déconcertante, retire les premières espérances en nous flanquant aux joues des giboulées glacées, repousse les semis aux calendes grecques tant la terre patauge encore dans la gadoue, subit le carcan du gel, ralentit le plus téméraire des crocus. Ce mois en trompe l’œil nous rappelle à nos pulls quand ce n’est pas à nos gants et bonnet.

hermine 3 C’est aussi un mois où les animaux s’agitent, préoccupés à leurs amours et à la confection de leur nid ou litière d’accueil. Ainsi, l’humain a quelque chance, en prenant tout de même toutes les précautions d’usage, d’apercevoir les plus farouches d’entre eux. Idem pour les plus camouflés. Du point de vue des animaux, le passage d’une saison à l’autre correspond à une mutation, à un changement de comportements et d’habitudes, et pour certains en plus de tout cela, à une mue.

hermine 4 Ainsi, l’hermine. Toute blanche vêtue l’hiver, elle se pare des couleurs de la terre dès que les jours rallongent et s’adoucissent. Ces astuces de camouflage limitent son observation (la nôtre et celles de ses prédateurs) et surprennent ses proies.

hermine 5 Son pinceau noir invariable en bout de queue la distingue des autres mustélidés (belette, furet, etc.). C’est au mois de Mars justement que nous pouvons la voir le plus facilement du fait de son pelage majoritairement blanc pour quelques jours encore.

hermine 6 Etymologiquement, l’hermine serait un rat d’Arménie. Voilà une belle invitation au voyage, à l’imaginer gambader dans les prairies au flanc des douces montagnes avec, au loin, le son velouté du doudouk.

hermine 7 Un rat peut-être, mais la haute-couture n’est pas passée, hélas, à côté de son élégance… L’hermine a longtemps attiré les convoitises et la folie des grandeurs des rois de France et de Navarre qui paradaient ainsi avec leurs manteaux, longs jusqu’aux pieds qui plus est, tout comme sa fine fourrure d’un blanc immaculé enroulait le col des hommes de lois et des plus hauts dignitaires de l’Eglise.

hermine 8 Royale, loyale et papale. Rien que cela ! Et symbolique en plus, légendaire en Bretagne particulièrement où elle inspire les drapeaux, là voilà qui trouve aussi son nom gravé sur les maillots de l’équipe nantaise de basketball….

hermine 9 Souveraine en son pré, sans aucun doute ! Indomptable, certainement ! Honorable, bien sûr ! Telle un phare au milieu d’un océan d’herbes et de broussailles, l’hermine sait émouvoir celle ou celui qui la regarde lorsqu’ elle s’érige hors de son terrier, observe son domaine en position dite de chandelier, et guette, en vigie sortie d’une forteresse souterraine, ses futures proies, composées essentiellement de micromammifères comme les campagnols.

hermine 10 D’une souplesse incomparable, elle nous livre un numéro de charme avec son minois des peluches de l’enfance. Elle gratte la terre avec une énergie qu’on aimerait avoir chaque matin. Puis se dresse de nouveau, reprend son souffle (et nous avec), recommence ses cabrioles, en se moquant de notre présence et des caprices du ciel. Sauf notre respect, l’hermine est libre en son pré et veut le rester. A bon entendeur…

© sylvie blanc – l’envol des jours 2013

 
hermine 11

je vous invite à regarder les magnifiques photos de Jérôme Salvi pour continuer le voyage en herminie…

* musique à écouter : cet air de doudouk qui m’accompagne : ici


Commentaire

phare hermine — 8 commentaires

  1. J’adoreeeee !!! Je l’ai déjà lu au moins trois fois hier soir avant de m’endormir et je la retrouve ce matin au petit déjeuner avec grand plaisir… Un vrai bonheur que de suivre cette hermine et ton histoire donne très envie d’aller l’observer planquée dans l’herbe aux premières douceurs du printemps… Les photos sont magnifiques…Et puis culturellement, forcément, je me sens aussi très touchée… Je me souviens en avoir vu enfant, mon grand père était fan et il y en avait dans son champ au fond du jardin à Rostrenen… Merci Sylvie…

    • Merci Christine pour ta lecture attentive ! Comme souvent dans la nature, rencontrer cette hermine fut une belle surprise lors d’une balade en campagne genevoise à la recherche d’oiseaux migrateurs qui font halte parfois avant de s’envoler vers le Nord… (et que je n’ai pas vus ce jour-là !). Je pensais bien que cette évocation bretonne soufflerait un air d’enfance sur tes pas au Laos maintenant…

  2. Je crois que Jeanot lapin va tout faire pour devenir son ami, car elle est
    vraiment belle cette petite hermine, en son manteau de lumières.

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